Au premier semestre, dans les centres de santé de la rive guyanaise du Maroni, à la frontière avec le, les cas de paludisme ont été rares. "On s'est dit : le paludisme a presque disparu sur le fleuve. Mais, en juillet, c'était reparti", témoigne un médecin de l'hôpital de Cayenne, la tutelle des centres de santé. Endémique dans l'intérieur guyanais, le paludisme sévit sous la forme Plasmodium falciparum - potentiellement mortelle - et dans une moindre mesure Plasmodium malariae sur le Maroni, et Plasmodium vivax, plutôt sur le haut Maroni, et sur l'Oyapock, frontière avec le Brésil.
Mobilisation contre la maladie parasitaire à ParisUne mobilisation internationale contre le paludisme se déroule à Paris du 9 au 11 septembre, à l'initiative des Amis du Fonds mondial Europe. Le coup d'envoi en a été donné avec l'inauguration, par Jacques Chirac, ancien président de la République, et Bertrand Delanoë, maire de Paris, d'une l'exposition des photos de William Daniels sur le pont des Arts. Plusieurs réunions sont prévues pour les organisations non gouvernementales, du secteur privé, des chercheurs et des coalitions internationales afin de donner un élan supplémentaire à la lutte contre une maladie qui tue de 1 à 2 millions de personnes chaque année, dont 90 % en Afrique.
De 60 millions de dollars en 1998, les financements internationaux sont passés à plus de 1 milliard en 2007. Des associations telles qu'Act Up-Paris et Aides demandent à la France de tripler sa contribution d'ici à 2010. Elle est actuellement de 360 millions d'euros par an contre le sida, de 128 millions d'euros contre le paludisme et de la même somme contre la tuberculose.
Depuis deux ans, les cas recensés diminuent : 4 500 en 2005, 4 000 en 2006, et 2 800 l'an dernier, pour 220 000 habitants, dont plus de 20 000 vivent dans l'intérieur. "C'est l'une des incidences les plus élevées des Amériques, mais avec peu de cas mortels : en moyenne, moins de cinq décès par an", explique le docteur Philippe Quénel, responsable de la Cellule interrégionale d'épidémiologie Antilles-Guyane.
"Au Surinam, des efforts importants ont été faits avec la distribution de moustiquaires imprégnées d'un insecticide et la mise à disposition très large de Coartem (antipaludique de nouvelle génération avec un dérivé d'artémisinine)", explique Philippe Quénel. "On a vu les effets côté français, car les échanges sont importants entre les deux rives", se réjouit-il. 50 000 moustiquaires ont été distribuées au Surinam, dans le cadre du programme international Global Fund.
En Guyane, depuis deux ans, 12 000 moustiquaires imprégnées ont été données ou vendues, à l'initiative de la direction de la santé et du développement social, relayée par un importateur privé et par le conseil général, la collectivité qui assure aussi les actions de démoustication. Comme dans les autres pays en voie de développement, le Coartem est disponible au Surinam à prix réduit - environ 2 dollars (près de 1,4 euro), dans le cadre d'un accord entre le laboratoire Novartis et l'Organisation mondiale de la santé.
Territoire européen, la Guyane a dû se rabattre sur le Riamet, la version "pays développé" du même médicament, fabriqué par le même laboratoire, commercialisé à plus de 40 euros la boîte, non remboursé par la Sécurité sociale. "En Guyane, le Riamet n'a qu'un agrément collectivité - depuis août 2007 -, ce qui est déplorable, car la délivrance ne peut se faire que sous le contrôle d'un médecin hospitalier, mais pas en médecine libérale", déplore le docteur Félix Djossou, chef de l'unité de maladies infectieuses et tropicales au centre hospitalier de Cayenne.
Si le nombre de cas recensés est en baisse, la pathologie s'est propagée dans la forêt guyanaise, dans le sillage des chercheurs d'or, venus surtout du Brésil et du Surinam. "Avant les années 2000, le paludisme, c'était le Maroni, et l'Oyapock, et puis, avec l'orpaillage clandestin, le parasite a progressé sur l'Approuague, à Régina, à Saül - une commune forestière de l'intérieur guyanais -, ou encore sur la Mana", constate Eric Legrand, responsable du laboratoire de parasitologie de l'Institut Pasteur de Guyane, également Centre national de référence de la chimiorésistance du paludisme. "Dans ces zones d'orpaillage mal surveillées et difficiles d'accès, des résistances du parasite aux médicaments peuvent se développer", craint le chercheur, qui teste chaque année environ 300 échantillons de sang impaludé, pour observer les effets des médicaments sur le parasite.
"Les orpailleurs légaux et illégaux utilisent l'Artecom, un médicament avec un dérivé d'artémisinine - comme le Riamet, sans contrôle médical, avec des traitements souvent incomplets, ce qui peut favoriser le développement des résistances du parasite à cette molécule", s'inquiète le docteur Djossou. "En 2002, on a vu apparaître des résistances au Riamet, alors que ce médicament n'était pas encore diffusé en Guyane", confirme Eric Legrand. Avec les flux migratoires, le risque est aussi de voir réapparaître le paludisme sur le littoral - 90 % de la population guyanaise - où on observe, selon Philippe Quénel, "des cas sporadiques, mais pas de foyers actifs de transmission".
Source : Le monde.fr-Auteur : Laurent Marot -11.09.08.
Voir les autres articles pour : Articles sur les moustiques, Articles sur le Paludisme