«Mon but est de produire de 75 à 100 millions de doses par an pour vacciner les 25 millions d'enfants qui naissent chaque année en Afrique sub-saharienne», explique Stephen Hoffman, 58 ans.
Le paludisme fait un million de morts par an dans le monde.
Le fondateur et PDG de Sanaria Inc, seule firme dans le monde dont l'objectif unique est de mettre au point un vaccin anti-paludéen, a franchi la première étape clé pour réaliser son ambition, avec l'ouverture officielle le 26 octobre d'un laboratoire de production agréé par les autorités fédérales américaines.
«Nous avons bon espoir de mener ce vaccin expérimental au stade de l'essai clinique fin 2008», déclare-t-il, saluant «la technologie et le savoir-faire» de son partenaire, un groupe international de chercheurs, le PATH Malaria Vaccine Initiative.
Ce projet a pu passer à la vitesse supérieure grâce à un don de 29,3 millions de dollars de la fondation de Bill et Melina Gates fin 2006, explique le médecin à un petit groupe de journalistes réunis pour visiter le nouveau laboratoire à Rockville (Maryland, est) près de Washington.
Ce passionné a déclaré la guerre au paludisme il y a déjà près de 30 ans.
Directeur du programme de recherche sur le paludisme de la Marine américaine, il travaillait au début des années 80 sur un vaccin contre le paludisme que le New York Times avait alors qualifié de prometteur.
Tellement confiant dans ce vaccin, le Dr Hoffmann l'avait testé lui-même en se faisant piquer par des moustiques porteurs du parasite du plasmodium falciparum. Quelques jours plus tard, il souffrait de tous les symptômes du paludisme.
Plus de vingt ans après cet échec, le chercheur reprend la même approche et compte bien cette fois démontrer avec succès qu'un tel vaccin peut être produit à grande échelle, tout en conservant son efficacité.
Il s'agit de nourrir des armées de moustiques anophèles avec du sang contaminé par le parasite du paludisme. Deux semaines après, les parasites se multiplient et se propagent dans les intestins des insectes avant de se concentrer dans leurs glandes salivaires.
Les moustiques sont ensuite transférés, avec les plus grandes précautions, dans une chambre où ils sont brièvement irradiés ce qui affaiblit les parasites.
Ces parasites --chaque glande salivaire en contient plus de 100 000 -- provoquent une réaction immunitaire de l'organisme suffisante pour protéger à plus de 90% contre le paludisme et ce pendant au moins dix mois, assure le Dr Hoffman.
Ces résultats sont basés sur des essais conduits sur 16 adultes, précise-t-il, et sont nettement supérieurs à ceux des 40 à 50 autres vaccins expérimentaux déjà testés, qui sont fabriqués à partir de quelques protéines du parasite.
Des chercheurs du laboratoire extraient manuellement les parasites affaiblis des moustiques et les purifient.
Chaque moustique peut produire à lui seul deux doses de vaccin, selon le Dr Hoffman, qui a reçu le soutien des Instituts Nationaux américains de la Santé (NIH) ainsi que du département de la Défense.
Ce procédé de production ne relève pas de la haute technologie et est de ce fait peu coûteux et idéal pour les pays en développement.
Mais «il faudra encore longtemps avant que nous obtenions l'autorisation de commercialiser un vaccin efficace», ajoute-t-il, soulignant la difficulté de la tâche face à un parasite évolutif et tenace.
Source : Agence France Press - 29/10/07
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